La tolérance

« L’art de la tolérance », galerie Bab Rouah à Rabat, exposition du 21 juin au 31 juillet 2016.
Organisée par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger en partenariat avec le Ministère de la Culture du Maroc, l’exposition a réuni plusieurs artistes évoluant au Maroc et à l’étranger.

Interpeller des artistes à propos de la question cruciale de la tolérance en les associant à un projet d’expositions itinérantes, c’est, d’une part, les amener à réfléchir sur cette notion dont la dimension morale, politique et sociale est éminemment évidente, et d’autre part, leur donner l’occasion de s’interroger sur une réalité cruellement présente. Une réalité qui ne cesse de prôner la haine pour que la violence aveugle, de plus en plus menaçante, vienne anéantir tout espoir de paix et de coexistence.

En abordant ainsi cette question aux connotations diverses, n’est-il pas judicieux, pour mieux appréhender sa complexité, de la rapprocher du principe qui détermine, fondamentalement, le processus de création? Ce principe même qui oriente l’acte artistique et qui établit la notion d’équilibre, d’unité et d’harmonie, à partir d’un rapport éloquent d’éléments supposés être, au commencement, dissemblables, discordants et antinomiques.

Ceci dit, si l’on admet que l’œuvre artistique véritable n’est jamais donnée d’avance, on convient aisément, que l’action créatrice part, impérativement, d’un dilemme. Un dilemme dont la spécificité est de mettre, harmonieusement, en accord des éléments discordants, pour qu’à partir de leur rapport, émerge une notion où l’altérité devient une potentialité féconde et propice à l’esprit de création.

Cela revient à dire en fin de compte, que l’esprit créateur dans sa nature profonde, ne peut être qu’un esprit de jonction, de rapprochement et de conciliation. Car où situer la puissance de l’expression artistique, sinon au niveau de la manipulation judicieuse des effets contrastés et des rapports complémentaires qui structurent l’œuvre et lui donnent valeur et consistance? Où chercher le sens de la complémentarité et de l’équilibre, sinon à travers une réciprocité maîtrisée, en dépit de la nature, inévitablement, discordante des constituants du projet artistique? Et la pensée créatrice, comment se réaliserait-elle si ce n’était sa capacité d’instaurer, au-delà de toute différence, cet état particulier de convergence?

C’est cela, semble-t-il, la notion de tolérance quand elle s’assimile à celle qui régit les fondements de l’art, pour élever l’esprit et subjuguer les sens. Une notion donc qui célèbre pleinement la vie, qui fait de la sublimation des contrastes, des disparités et des diversités, un tremplin vers un idéal de paix, d’amour, de partage et d’humanité en faveur d’un monde équitable et épris du meilleur.

Casablanca, 17 mai 2016

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