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Repères biographiques

Abdelkébir RABI’ est né le 26 novembre 1944 à Boulemane.
Il évolue dans une famille chaleureuse et pieuse, marquée par la nostalgie d’une ascendance vénérable, dont l’origine s’enracine dans Le Tafilalet, une région historique située au Sud-Est du Maroc.

Son enfance et son adolescence se déroulent sereinement dans un environnement de montagne, entre pins et chênes caducs qui s’étalent, superbement, sur des hauteurs grisantes rythmées par les monts escarpés du Moyen Atlas.
Dans ce contexte pur et sans artifices, où seules la nature et ses intempéries règlent la vie des hommes, il développe une sensibilité fragile qui favorise son penchant précoce pour la contemplation et la solitude. Très tôt, il manifeste un goût singulier pour le dessin et la peinture, et en fait une passion qui marque fatalement toute sa destinée. Et ceci, en dépit de l’esprit rigoriste et dévot, d’une famille que rien ne prédispose à concevoir d’autre avenir pour son aîné, que celui qui irait dans le sens de ses convictions et de ses certitudes.
Il évolue, paradoxalement, entre deux univers distincts : celui d’un milieu traditionnel épris des valeurs immuables issues du passé, où toute expression iconique est proscrite dans l’absolu, et celui d’un imaginaire fabuleux, où l’image est la mesure infaillible de toute sensation qui fait chanter le monde, quand le regard est sublimé.

L’un des moments fatidiques qui a particulièrement bouleversé l’équilibre fragile de son adolescence insouciante, est, sans conteste, cette rupture survenue fortuitement, quand il a dû quitter le milieu qui l’a toujours couvé, pour aller continuer ses études secondaires à Sefrou, la ville la plus proche qui dispose d’un collège et d’un grand internat ouvert aux élèves issus de la région. Une rupture dont il ne s’est jamais remis, et qui justifie cette nostalgie persistante qui se manifeste, subtilement, à chaque fois qu’il interpelle sa mémoire.
Quel désarroi terrible pour cet adolescent qui découvre, pour la première fois, un milieu urbain, tumultueux et sans repères ! Lui qui n’a jamais quitté son foyer, ne s’est jamais éloigné du lieu qui l’a vu naître, et où s’est déroulé l’essentiel de son enfance. Désemparé, il prend son mal en patience et se débat avec une abnégation totale, bien décidé à endurer sans faillir, jusqu’à la fin de ses études secondaires.
Confronté à une situation matérielle pénible, il est contraint de trouver une issue pour subvenir à ses besoins, et aussi pour apporter une aide substantielle à sa famille qui se trouvait dans l’embarras. Dès que le niveau d’études le lui permet, il rentre à l’École Normale de Fès pour suivre une formation pédagogique, qui l’habilite à accéder à la fonction publique en intégrant le secteur de l’enseignement.
Tout en affermissant sa vocation de peintre, il entame une carrière enthousiaste d’enseignant qui établit, irréversiblement, son attachement à la pratique artistique ; et ceci dès qu’il a eu la charge d’un cours de dessin dont il a su faire, et à son grand bonheur, son cheval de bataille.

Installé à Fès, où il rencontre en 1968, au Centre Culturel Français de l’époque, l’historien d’art Bernard Dorival, lors d’une conférence sur les prémisses de l’art moderne. Celui-ci lui obtient une bourse d’étude et l’invite à Paris, pour y effectuer des séjours édifiants et intermittents. Il le met en relation avec des peintres de la nouvelle Ecole de Paris, auxquels l’historien était lié en tant que conservateur au Musée d’Art Moderne.
Les visites épisodiques des ateliers de quelques artistes novateurs, stimulent son esprit et le sensibilisent aux tendances de l’art en vigueur dans les années soixante. Et en plus de cette opportunité providentielle, la fréquentation assidue des musées, son intérêt pour l’art prestigieux des grands maîtres des différentes époques, lui permettent d’affermir sa capacité d’appréciation et d’analyse. Un potentiel appréciable d’expériences spécifiques, qui lui ouvre de nouvelles perspectives d’exploration artistique, par-delà l’univers postimpressionniste à connotation orientaliste, dont la fréquentation première, lui a assuré une expérience essentielle à l’essor de son talent.
Cette ouverture sur les différents aspects d’une peinture universellement reconnue, le prépare à s’installer dans une logique qui le rapproche des questions fondamentales dont se nourrit la pensée créatrice actuelle. C’est ainsi que l’esprit innovant de l’art dit «informel», initié par des artistes dont il a pu côtoyer quelques uns, lui ouvre une voie particulièrement profitable à son épanouissement.

En 1988, il intègre l’enseignement universitaire dans le cadre d’un programme pédagogique expérimental inédit. Il contribue, activement, à l’instauration d’une approche théorique en art, qui confronte l’expérience pratique à une certaine pensée esthétique. Une approche singulière dont il s’est imprégné, en établissant des rapports inépuisables de dialogue et d’échange avec des enseignants de philosophie avertis, attentifs à la question artistique, et particulièrement à la dimension spirituelle dans le processus de création.
Dans le cadre de ce projet ambitieux, il co-supervise la réforme de l’enseignement dispensé à l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca, en y introduisant un cursus théorique adapté à la pratique artistique. Cette initiative aboutit, suite à un accord de partenariat entre les autorités de la ville et l’institution universitaire, à la création de la première licence appliquée consacrée à l’art. Une activité pédagogique intensive qui aiguise son sens de la recherche et de l’expérimentation et lui ouvre, sensiblement, l’esprit à une approche de son art, de plus en plus féconde.

À partir de 2003, il met définitivement un terme à son activité d’enseignant, avec le sentiment exaltant d’avoir honorablement rempli sa mission, et cette conviction absolue que le meilleur des enseignements se dit en deux mots : transmettre une passion.
Bien installé dans sa retraite professionnelle, il règle rigoureusement sa vie en se débarrassant du superflu et de l’accessoire, intensifie sa réflexion en se mêlant, furtivement, de l’écriture. Il rédige des textes où l’élan subjectif renvoie aux états latents de sa mémoire, avec une attirance évidente pour les spéculations dogmatiques. Des supputations insolites qui interrogent l’acte de création, en tant qu’expression fondamentale d’un certain état d’être, et où l’idéal présumé est toujours à portée de main.

Devenu l’objet d’une controverse auprès d’une certaine critique, son art suscite une multitude d’interrogations. Des interrogations qu’il s’approprie pour les amplifier et les décortiquer dans un long texte à connotation autobiographique. Ceci pour essayer de définir ce qui détermine le fondement de sa démarche artistique en étayant la perspicacité de ce qui la justifie, et aussi, sans a priori et sans faux-semblant, ce qui donnerait sens à la spécificité de son action créatrice, dont l’effet serait devenu l’objet d’une polémique supposée.

Son œuvre est montrée, d’une manière intermittente, dans des expositions individuelles. Elle fait partie du panorama artistique marocain présenté, occasionnellement, dans le cadre d’événements internationaux.
Sa peinture est présente dans de nombreuses collections privées au Maroc et à l’étranger, et en 2008-2009, une rétrospective de l’ensemble de sa production artistique est organisée à l’Espace d’Art de Société Générale à Casablanca.

De plus en plus, il évite l’agitation fébrile des milieux artistiques, raréfie ses fréquentations et s’écarte, sensiblement, de la vie publique.
Lucide quant à la fragilité de l’être et à la fatuité de l’existence, il consacre l’essentiel de son temps à son œuvre, à sa famille et à quelques amis chers, dont l’amabilité et l’attachante complicité lui sont salutaires.

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