Pierre GAUDIBERT

Intégrité, tel est le maître mot qui surgit de toute part pour caractériser la nature de Rabi’ et de sa création picturale : une attitude tout entière de vérité, sans faux-semblant, ruse ou masque, qui traduit l’accord profond du peintre avec sa personnalité intime, sa vie professionnelle et familiale. De cette rare coïncidence entre l’être et ses multiples expressions, naît une abstraction puissante, méditative et grave, toujrous renouvelée, toujours approfondie, mais chaque fois d’une justesse totale.

Sa démarche picturale a fort peu à voir avec ce qui a été nommé abstraction gestuelle, tachisme ou action painting : des courants qui font prédominer la trace laissée par un déplacement rapide du corps, un va-et-vient de la main ou du bras balayant la surface, une danse du corps et de ses pulsions s’inscrivant directement sur la toile posée à plat sur le sol, le tout composant un agencement de taches, de griffures et de coulures; dans toutes les variantes individuelles, l’accent est mis sur le caractère automatique de la phase d’exécution. chez Rabi’ tensions et poussées sont d’abord intérieures, avant de présider à une construction plastique toute en concentration.

Rabi’ se livre à une minutieuse préparation du support par des strates successives d’enduits qui lisse et polit; ce n’est pas seulement un souci de perfection artisanale, mais une volonté de s’approprier cette surface blanche, de s’identifier avec elle, d’intérioriser un espace immaculé. Ensuite une force spirituelle à l’œuvre va s’accomplir obéissent à une grande tension intérieure et à une nécessité du dedans : apparaissent de vigoureux tracés noirs articulés entre eux et conquis sur le blanc initial. Le signe sensible, d’un noir opaque ou transparent, est inscrit pour l’essentiel en une seule fois : des détails de formes peuvent être aménagés, des couleurs jaunes, rouges ou vertes peuvent être ajoutées pour mettre en valeur la structure sombre, mais le rapport fondamental de la lumière et de l’obscurité domine toujours, tel qu’il est né à un moment donné, avec un état d’âme singulier.

Ainsi lumière et obscurité s’affrontent selon les expériences intimement mêlées de la vie spirituelle et de la création picturale. « Le cherché est la lumière divine, le chercheur est lui-même une parcelle de cette lumière », a dit Najm Cobra. Mais dans cette tradition du soufisme iranien étudiée par Henri Corbin, les symbolisées sont complexes : ainsi il existe également une lumière noire de la Divinité, qui est source et origine de toute lumière, opposée aux ténèbres qui captent cette lumière et à laquelle il faut l’arracher…

Chaque tableau de Rabi’ résulte d’une méditation différente avec son schéma organisateur et son rythme propre. Il est donc un acte de foi, au sens fort de ces deux termes et appartient à cette « vérité de la certitude » qu’évoque Rabi’ dans un de ces textes, déjouant les explications trop rationnelles.

(extrait du catalogue de l’Institut du Monde Arabe – Paris)

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